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Cour d'Assises du Bas-Rhin
environ en 1921
 
L'affaire du Curé d'Engenthal pour Complicité de Tentative de Meurtre
 
Accusés Joseph Mazzoni, 51 ans, Curé à Engenthal
  Eugène Jung, vicaire à Engenthal
   
Parquet Monsieur Cura, procureur de la République
   
Défenseurs Maîtres Schauffler et Jaeglé
 
Dossier d'accusation
 

Peu après sa prise de fonction, le 1 juin 1918, dans la commune d'Engenthal, l'accusé Mazzoni témoigne d'une attitude hostile envers la France.
Après l'armistice, Il ressent une certaine crainte, par rapport à l'instituteur Urbaniac, auquel il a fait retirer par le maire, sa fonction de greffier du tribunal. Il craint que celui-ci ne lui cause certains désagréments. Pour cette raison, d'éloigner monsieur Urbaniac de la commune.

 
Au mois de juin 1918, il proposa au garde-chasse Ruffenach, contre rémunération, de tirer quelques coups de feu dans les fenêtres d'Urbaniac. D'abord il lui proposa 50 francs, puis 100 francs et enfin 200 francs, afin de commettre son méfait.
Comme Ruffenach lui fit remarquer que quelqu'un pourrait être blessé, l'accusé répondit que dans ce cas, il lui administrerait l'absolution. Ruffenach refusa d'exécuter cet acte, ce à quoi Mazzoni répondit : "Eh bien, je trouverai quelqu'un d'autre".
Peu de temps après, dans la nuit du 12 décembre 1918, vers minuit, deux coups de feu furent tirés par un inconnu, dans les fenêtres de la cuisine d'Urbaniac, sans toutefois blesser personne.
 
Par suite d'une animosité envers l'instituteur Zeller de Wangenbourg, l'accusé chercha également à écarter celui-ci de son chemin. D'abord il entreprit contre lui, dans le Journal d'Alsace et de Lorraine, une campagne de dénigrement, l'accusant de collaboration avec les Allemands. Comme il n'a pu obtenir sa mutation par ce moyen, il s'adressa aux 2 frères, Ernest et Désiré Gihr et les incita à lancer des pierres dans les fenêtres de Zeller ce qui ne manquerait pas de le faire déguerpir de la commune. Après de longues réflexions, les 2 frères acceptèrent de commettre ce méfait, afin d'éviter la colère de leur curé. Un soir, ils lancèrent plusieurs pierres dans les fenêtres de Zeller.
Mais, malgré cet attentat, l'instituteur resta à Engenthal et Mazzoni utilisa son vicaire, Eugène Jung, qui accepta volontiers d'être le bras de la vengeance de son supérieur.
 
Dans la nuit du 31 décembre 1920, Jung tira 2 coups de feu dans la fenêtre de la salle à manger de Zeller, lorsqu'il sut que Zeller et sa famille étaient présents. 8 vitres volèrent en éclat, mais heureusement, personne ne fut blessé.
Le 10 janvier, vers 21 heures, Jung tenta de tuer l'instituteur. Il attendit le moment où Zeller s'approchait de la fenêtre de la cuisine pour tirer 2 coups de feu. De nouveau, les vitres se brisèrent et cette fois-ci, Zeller fut légèrement blessé par des éclats de verre.
 
Mazzoni laisse derrière lui de mauvais souvenirs, partout où il a officié. Il a néanmoins d'excellents amis qui, pendant l'instruction, mirent en avant tous les faits et arguments, qui pouvaient plaider en faveur de Mazzoni. Entre-temps il a été muté par les autorités épiscopales. Jung est très aigri; il a été suspendu par les autorités épiscopales et a pris la fuite.
 
L'Audience - 1er jour
 
Plus de 50 témoins sont convoqués à l'audience du tribunal et il est prévu 2 jours de session.

L'accusé a une attitude confiante. Ses traits sont sévères et laissent deviner un esprit vindicatif. Ces yeux sont vifs et l'on ressent un être énergique. Son audition a duré plus d'1 heure.
Mazzoni, interrogé sur sa nationalité, explique qu'il a été de nationalité suisse et d'avoir adopter par la suite la nationalité allemande. Il nie avoir influencé le maire, afin de retirer à Urbaniac sa fonction de greffier du tribunal; il lit une lettre, écrite par lui, qui tend à prouver qu'il s'est fermement opposer au renvoi d'Urbaniac. Dans une longue tirade, il évoque les différents qui l'opposaient à l'instituteur et en rejette la responsabilité sur ce dernier.
Concernant l'aveu des frères Gihr, qui, sur son ordre, ont caillassés les fenêtres de Zeller, il prétend avoir agit sur ordre de la gendarmerie. Il reconnaît avoir dit aux frères Gihr, que le fait de lancer des cailloux dans les fenêtres des ' Indésirables', a toujours donné un bon résultat.
En ce qui concerne l'histoire des grenades, il reconnaît l'avoir évoqué, mais en plaisantant, sans avoir ordonné d'utiliser ce moyen. Concernant Ruffenach, il nie avoir demandé à celui-ci de tirer des coups de feu, ces allégations ne sont que pure invention. Il cite, à titre d'exemple, un épisode se déroulant en 1847 (?).
Il reconnaît que les coups de feu ont bien été tirés par Jung, mais dément avoir ordonné ou conseiller ce geste.
Le Président du tribunal reproche à l'accusé d'avoir recueilli chez lui une femme divorcée (la soeur de Mazzoni).

Le premier témoin à être entendu, est le brigadier de gendarmerie de Wasselnheim (Wasselonne). Il donne des explications concernant son enquête et les effets des coups de feu tirés. Les déclarations du maire d'Engenthal ne donnent que peu d'éclaircissements. Le témoin suivant est l'instituteur Urbaniac, il raconte la scène de l'attentat et des coups de fusil, ainsi que des incidents qui se sont déjà produits 6 semaines après la prise de fonction du curé, à cause de l'hostilité entre l'instituteur et le curé.

A ce moment se produit un incident inattendu. Un gendarme communique au Président, que la soeur de l'accusé, présente dans la salle d'audience, après chaque déposition de témoin, sort de la salle, afin de raconter aux témoins attendant dehors, ce qui se dit dans la salle d'audience. Le Président donne les instructions nécessaires, afin d'éviter de tels inconvénients.
 
L'audience reprend vers 20 heures. Comme témoin, comparaît monsieur l'Abbé Speich, directeur du Grand Séminaire. Ce témoin a été cité par le Parquet, afin de donner des explications concernant les divers us et coutumes en pratique au sein de l'institution religieuse.
Le témoin suivant est l'institutrice Jäger. Son témoignage n'apporte rien de nouveau qui ne soit déjà dans de le dossier de l'accusation.
L'instituteur Zeller répète les faits déjà connus, sans apporter de lumière nouvelle concernant cette affaire. Il ressort cependant de ses déclarations qu'il a un fort ressentiment envers le curé.
Les frères Gihr confirment leurs déclarations, d'avoir été invité par le curé, à briser les vitres de l'instituteur et de se défaire du Boche, par ce moyen.
Lorsque arrive le tour du témoin Ruffenach, un grand remous se produit dans la salle. Celui-ci répète la scène chez le curé, lorsque celui-ci l'invite à tirer sur le logement de l'instituteur.
Son témoignage est violemment contesté, aussi bien par les défenseurs, que par l'accusé. Il ne peut se rappeler l'épisode relaté par Mazzoni, mais raconte une toute autre version, qui ne correspond en rien avec ses premières déclarations. L'accusé décrit le témoin comme un menteur reconnu.
Sur ce, le président fait comparaître l'abbé Speich, afin qu'il se prononce sur la sincérité du témoin; le témoignage de Speich plaide en faveur de Ruffenach.
Le Président pose des questions à l'abbé Speich : en premier lieu, est-ce que l'accusé était autorisé à prendre Jung comme vicaire, alors que celui-ci était suspendu et deuxièmement, est-ce que Mazzoni a agit correctement, en recueillant chez lui, sa soeur, une femme divorcée. Aux 2 questions, il a été répondu par la négative.

De nombreux témoins à décharge furent entendus, sans toutefois apporter de nouveaux éléments. Les uns apportent un témoignage élogieux vis à vis de l'accusé. D'autres se prononcent de manière défavorable envers Urbaniac ou Zeller. D'autres encore, dont les déclarations laissent apparaître de nombreuses inimités au sein du village, affichent leur antipathie envers Ruffenach.
Dans l'ensemble, il est permis de qualifier cette audience de tribunal, comme un grand déballage de linge sale au sein du village, où beaucoup de saletés viennent au grand jour. L'ancien maire reconnaît avoir relevé le greffier Urbaniac de ses fonctions, à la demande de son directeur d'arrondissement.

Vers 7 heures la séance est levée, afin de se poursuivre aujourd'hui.
 
L'Audience - 2ème jour
 
A 9 heures, s'est tenu la suite de l'audience dans le procès Mazzoni.

Le premier témoin à être entendu, est le maire actuel d'Engenthal, monsieur Sally. Il raconte que les habitants se sont plaints du fait que Zeller soit incapable de prodiguer ses cours aux enfants, en français. C'est pourquoi le conseil municipal a demandé au rectorat la mutation de l'instituteur. Il déclare aussi que l'instituteur Urbaniac a souvent signé, au nom du maire, des documents administratifs, sans y être habilité.
Sur demande du procureur, il reconnaît avoir demandé il y a 18 mois, avec ses collègues de Wangenbourg, auprès de l'évêché la mise à l'écart du curé Mazzoni. Sur ce, le procureur lui rétorque : il regrette cette attitude ambigüe, et ne peut pas l'en féliciter.

Le prochain témoin, Peter Bannwart explique que Urbaniac est un menteur invétéré.

L'instituteur Etterlin de Sierentz donne le meilleur témoignage envers Mazzoni. Celui-ci était en poste à Sierentz, avant de venir à Wangenbourg.
Le défenseur Schauffler déclare que son client a eu grand tort de quitter son poste en Suisse et de venir en Alsace, où ne l'attendaient que des désagréments.

Monsieur Riehl, curé à Schiltigheim connaissait l'accusé depuis de longues années. D'après son explication, le seul tort de l'accusé était sa grande ouverture d'esprit et sa générosité envers ses paroissiens, qui ne reconnaissaient pas ses qualités. Après ce témoignage, s'ensuit une confrontation entre le procureur et les défenseurs. Comme il y a encore de nombreux témoins à décharge, expliquent les défenseurs, il y a déjà des preuves suffisantes pour innocenter leur client, ils renoncent à l'audition des autres témoins à décharge.

Le procureur pose plusieurs questions à l'accusé, auxquelles il répond avec hésitation. Il demande ensuite à l'abbé Speich, pourquoi l'on a refusé à l'accusé l'accueil au sein du diocèse alsacien. Il réplique que les renseignements recueillis sur Mazzoni ne le permettaient pas.

Le procureur commence son réquisitoire. Il demande aux jurés de réfléchir, en leur âme et conscience, aux témoignages du garde-chasse Urbaniac, et de ceux des l'instituteurs Urbaniac et Zeller. En ce qui concerne les nationalités de ces 2 derniers, cela ne rentre par en considération comme témoins. Il s'étonne que l'accusé, malgré les conseils, de ne pas se présenter au banc des accusés en soutane et de souiller cet habit sacerdotal, si vénéré en Alsace. Il détaille chacune des accusations et cherche à mettre en lumière la culpabilité de l'accusé. Il lui reproche particulièrement d'avoir accueilli chez lui, un auxiliaire de l'église, qui était démis de ses fonctions et qui s'est conduit par la suite comme une bête sauvage, doublé d'un meurtrier et ayant pris la fuite. Se tournant vers l'accusé, il explique : " au lieu d'un esprit plein de bonté et de miséricorde, vous n'avez que vengeance en vous ".
Il évoque les différentes phases ayant conduit au crime. La culpabilité ne fait aucun doute, son habit religieux ne doit pas le protéger de la peine qu'il mérite.
 
Plaidoirie
 
C'est au tour des avocats de la défense de présenter leur plaidoirie.
Maître Schauffler cherche à détruire toutes les accusations portées contre son client. Il évoque que Mazzoni n'a quitté son poste très favorable en Suisse, que pour être plus proche de son vieux père. Avec des mots très durs, il relate les déclarations des différents témoins, qui n'apportent aucune preuve tangible de la culpabilité de son client. En conclusion, il exhorte les jurés à acquitter, sans hésitation, l'accusé.
Le deuxième défenseur, Maître Jaeglé, dont les dons d'orateur ne sont plus à démontrer, s'efforce de prouver l'invraisemblance de la participation de Mazzoni à ces méfaits. Lui aussi à des mots très durs envers certains des témoins, dont les témoignages ne sont dictés que par la soif de vengeance et la malveillance. Il demande également l'acquittement pur et simple de l'accusé.
 
Le Verdict
 

Trois questions seront posées aux jurés. Après une demi-heure de délibération, les jurés rendent leur verdict :

Il déclare l'accusé 'Non Coupable'.

L'accusé est donc libre. Une ovation de toute la salle salue ce verdict.

Comme évoqué, il a été ordonné hier après-midi, l'expulsion du territoire contre Mazzoni et sa soeur.

 
Une pointe d'humour
 
Document prêté aimablement par monsieur Cunibert Klerlein d'Engenthal
Traduit par Roland Luck de l'édition originale en allemand du journal " Strasburger Neueste Nachrichten " n° 127 date inconnue.
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