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Le petit Train, raconté par ceux qui l'ont connu...
   
Pendant la grande guerre entre début 1917 à la mi-1918, une petite voie ferrée reliait la gare de Romanswiller au Sandplatz après le Windsbourg.
Nous le désignerons du nom folklorique qui avait cours : Le 'Baehnel'.

Il n'était pas le premier venu vue son importance sur l'échiquier stratégique des autorités militaires de l'époque. On projetait de construire à partir de Romanswiller une voie militaire en direction du Donon où se livrait des combats de guerre de position, le front s'étant à peu près stabilisé dans ce secteur. La route étant carrossable de Romanswiller au Sandplatz il s'agissait de continuer l'empierrement de cette voie en direction du Donon en passant par le Hengst et le Grossmann ce qui permettrait l'acheminement du matériel militaire allemand, de l'artillerie et du ravitaillement en vue de l'attaque du Donon ou d'une percée stratégique dans ce secteur.

Des travaux similaires eurent lieu à partir de Schirmeck, Granfontaine et le Donon.
la locomotice
Le projet était naturellement couvert par les lois du secret militaire. Cf. une lettre des parents de Mr. Reibel Alphonse, incorporé à 17 ans, et qui avait été censurée dans ce sens : toutes les nouvelles concernant le Baehnel avaient été noircies par la Censure militaire.
En ce qui concerne l'organisation militaire de notre région, la ligne de chemin de fer Saverne-Molsheim formait la limite entre la zone dite libre et la zone opérationnelle (Sperrgebiet) qui se trouvait à droite de la dite ligne en partant de Saverne. Dans cette zone comme Cosswiller) les hommes entre 16 et 60 ans étaient mobilisables à tout moment ( nuits comprises) pour des travaux d'utilité militaire et parmi d'autres interdictions ( circulation) les cloches ne devaient être sonnées sous aucun prétexte.
Les autorités militaires confièrent la construction de la voie ferrée et l'empierrement du tronçon Sandplatz vers le Donon à la Firma Bauwentz-Gëring de Mannheim, qui elle même s'assurera de la collaboration de la société 'Dampflokomobil A. Burger d'Erstein (société de cylindrage à vapeur)'.
détails de voies Cette locomotive à vapeur est la même que celle du 'Baehnel', la même puissance.
Entre l'embranchement actuel vers le dépôt de munition et le P.N (Christmann) le long du talus de la route de Cosswiller, on construisit la petite gare de départ comprenant des bureaux, une serrurerie, un hangar à machines, une menuiserie et une cuisine fixe + roulante.
Réquisitionnés pour le travail au Baehnel 40 prisonniers civils (de droit commun) se trouvaient hébergés dans l'ancienne salle du restaurant au Pied du Boeuf (au-dessus de l'actuelle boulangerie Riehl.) Ces pensionnaires de la rue du Fil (d'fadegass) appréciaient hautement l'aubaine de ce changement de décor.
De nombreux jeunes (-17 ans) et des adultes non mobilisables avaient trouvé du travail sur ce chantier. D'ailleurs le travail était bien rétribué: 70 Rpf (reichspfennig) à 1 RM (reichsmark) par heure pour les jeunes et 3 à 5 RM pour les adultes.
Le premier travail consistait à ballaster le côté gauche de l'actuelle route et de poser le chemin de fer (écartement 0,75 ml). Les pierres (régulièrement concassées ) servant au ballast et à l'empierrement furent amenées par chemin de·fer de St.Nabor et stockées en d'énormes tas le long de la 3ème voie en face de l'actuelle gare. Pour la construction de la voie on utilisait une locomotive sur chenilles (déjà) et quelques camions.
Les traverses étaient façonnées dans les scieries le long du parcours : la scierie Victor Band en face du " Cerf d'Or ", la scierie Marcel Kling (actuellement KI. Beek) la scierie Aloyse Weber au Freudeneck, la scierie Tobler du Krontahl et au Grafenweiher une scierie à main (sciage de long).
Cette scierie appartenait à 2 frères du nom de Schreiber et où travaillait une certaine Melle Muller (28 à 30 ans) réputée pour sa force exceptionnelle ( peut- être une descendante de la Riesenfraulein du proche Nideck.). A eux trois, ils produisaient 200 à 250 traverses ( 1m25 ) par jour.
Si l'on considère le très grand effort à faire pour manier une scie de long la production réalisée était tout à fait remarquable et les repas servis par Melle Muller particulièrement énergétiques… A supposer que le gibier alentour y était pour quelque chose...
La voie ferrée ne suivait pas toujours le tracé de la route qu'elle devait parfois quitter pour enjamber la Mossig ou réduire des tournants par des raccourcis. A cet effet on avait construit des ponts et des viaducs en bois sur lesquels passait le petit train qui, en fonction du chargement et de la vitesse, transmettait à cette charpente pontonnière des vibration pour le moins très impressionnantes. De brusques décélérations, plaquant les loris contre leurs tamponnoirs et communiquant leurs énergies accumulées à ces fragiles et dangereuses constructions pouvaient provoquer la catastrophe. De pareilles constructions existaient au Freudeneck, à la Steigenbach et à certains endroits entre le Grafenweiher et le point terminus.
La capacité en eau de la locomotive étant assez limitée, 200 litres environ, de nombreuses stations de pompage émergeaient le long du parcours. De petites grues hydrauliques fonctionnaient aux points d'eau suivants: Passage à niveau. Rohrlach, Kreuzelbück, Freudeneck, Steigenbach, Rosskopf, Grafenweiher et Schneematt.
charpente des ponts
charpente des ponts le train à Engenthal
Les outils gravés à droite de la fontaine C'est peut-être à la fontaine Kreuzelbrück que le " Baehnel " s'est approvisionné en eau ?
La fontaine date de 1890. Des outillages sont gravés sur un banc qui se trouve à droite de la fontaine.
Il est probable que ces outillages aient été gravés par le conducteur du Baehnel pendant les arrêts à la fontaine.
Les petites locomotives étaient de marque Lanz-Mannheim et avaient une hauteur de 2.50m et de 5 à 6m de long. En charge elles atteignaient 10 km/h et à vide 20 km/h. De la gare de Romanswiller, le petit train partait avec un maximum de 6 à 8 loris basculants, d'une capacité de 1 m3 de pierres chacun.
Le premier obstacle était la pente à vaincre devant le restaurant au Cerf d'Or. Dès le passage à niveau la locomotive s'élançait à pleine vapeur, patinait à mi-côte, lançait des étincelles, autant par la cheminée de chauffe, que les jantes des roues qui crissaient sur les rails. Le plus souvent il fallait faire marche arrière et reprendre un ou deux élans supplémentaire, mais les jeunes conducteurs, aidés par les ouvriers sur place arrivaient toujours à vaincre l' obstacle.
La même manoeuvre reprenait de plus belle à la montée sur le tronçon de voie: Scierie Kling entrée du Ganswald. 'pfadel' (sentier) près du banc Napoléon III (auj. disparu ). S'élancer, rouler, glisser, s'arrêter était un exploit que ces jeunes conducteurs renouvelaient à coeur joie. On n'a pas tous les jours 15 ans.
A partir de là, les plus grosses difficultés étant surmontées, les jeunes maîtres du Baehnel n'hésitaient pas à libérer toutes les énergies de leur charbon et de leur vapeur.
Fontaine du Kreuzelbrück
Le voyage prenait des allures de randonnée touristique. Comme un coursier libéré de ses entraves la locomotive dévorait son trajet, la crinière des volutes de vapeur au vent. A ce panache, parfois essoufflé par l'effort accompli, se mêlait de temps en temps le plumet blanc et raide d'un coup de sifflet saluant au gré des saisons, soit les 'armées de faucheurs à main' qui commençaient la fenaison sur les bords de la Mossig, soit des groupes de travailleurs, soit des biches en mal d'orientation ou de promeneuses endimanchées (le Baehnel fonctionnait parfois le dimanche).
De ces derniers groupes émergeait parfois une main gantée ou le fanion d'un mouchoir blanc pour saluer derrière le hublot de ces machines infernales, le clavier blanc d'un trop large sourire éclatant dans le visage noirci de ces titans de la voie. Le Baehnel ne manquait pa: de galanterie et malgré l'expresse défense, il prenait parfois à bord de charmantes cueilleuses de myrtilles ou de fraises ou Mr E. Bromhorst qui, élève garde-forestier à l'époque,se rendait à la Maison Forestière du Freudeneck, ou Mr Tintinger, Père de Mme Milli Catherine, lui apprenait l'art d'être un grade forestier modèle. Heureusement pour beaucoup de gourmets il a 'déraillé' pour devenir un grand chef cuisinier, dont la renommée ne reste plus à faire.
'emboisement' d'un chemin
Herrschafts wagen - Voiture des maîtres Les officiels
la gare d'Engenthal le bas - l'ancienne école Certains jours, la ribambelle des loris du convoi affichait la présence insolite d'un intrus de marque. C'était le "Herrschafts wagen" (la voiture des maîtres), espèce de petit wagon plate-forme avec 2 bancs (6 places) et surmonté d'un espèce de baldaquin.
Y prenaient place, les patrons, les détachés d'état-major et un gradé de l'O.N.F… Tournée de contrôle et d'inspection. Inutile de préciser que cette voiture 'lynx', qui avait les yeux partout, provoquait le déroulement du convoi selon la lettre du règlement, au détriment de l'esprit que les conducteurs voulaient parfois lui accorder.

Le petit serpent noir continue son 'ramping', 'tacotant' et dodelinant. Il traverse la Krizelbrück, son viaduc au Freudeneck, salue au passage le banc des 'dames blanches' pour s'arrêter à la petite gare secondaire de la Steigenbach, fin de la première étape du voyage.
A cet endroit le Baehnel s'engageait sur une voie de service au bord de laquelle se dressait un hangar avec des locomotives de réserve, un atelier de réparation et un entrepôt de matériel et de combustible. Après une petite manoeuvre pour doser le nombre des loris (6 à 8 +2 locomotives accouplées), la montée vers le Sandplatz s'amorça et le train se mouvait avec lenteur pour vaincre la pente. Le convoi passait par les points déjà mentionnés. Il lui arrivait de saluer au passage par un coup de sifflet Metzger Jacques qui avec son attelage de boeufs (ses chevaux étaient réquisitionnés) transportant du matériel et du ravitaillement en denrées alimentaires ou bien North Charles engagé avec ses 2 chevaux pour le même travail et l'entretien de la voirie.
Au Sandplatz et alentours travaillaient surtout des prisonniers russes (Russepfad). Des baraques dortoirs et une cantine y assuraient leur hébergement et un jeune d'Engenthal (Geyer Xavier) était chargé du transport et de la distribution du ravitaillement, service semblable à celui qui fonctionnait à la petite gare de Romanswiller.

traversée de la Mossig au restaurant des Vosges à Engenthal
les bûcherons Mündel Charles qui à côté de ses fonctions de conducteur remplaçant était porteur de pain, d'eau et de lait. Apitoyé par les surcharges du petit 'coolie' le vieux menuisier du village (Joseph Krantz ) lui confectionna une espèce de balancier de porteur répartissant les charges sur ses épaules.
La présence du sigle de la société de cylindrage A.Burger d'Erstein laisse supposer que les jeunes conducteurs avaient été formés sur le tas par les techniciens de cette entreprise. Tel fût le cas de Winninger Victor (15), Letzelter Ernest (15), Hohl Georges (16), Hetzel Albert (14) et Mündel Charles (14).

Il est normal qu'à cette époque en proie à un bouillonnement de tensions (faim, peur, jeunesse) toutes les occasions de se défouler étaient bonnes, où l'on rêve de jouer avec un train mécanique.
L'occasion ne tarda pas à se présenter lors d'un relâchement de surveillance. L'envie les prit de constituer un convoi d'une trentaine de loris vides et de dévaler la pente du Grafenweiher.
La petite locomotive comme prise de l'envie irrépressible de donner comme ses jeunes maîtres, toute sa puissance, cracha sa vapeur, fila, dévala. Le contrôle du convoi se perdit, et c'était le fatal déraillement dans le ravin de la Mossig. L'accident frisait la catastrophe : des blessés, dont 1 très grave.

Les souvenirs de l'accident au Grafenweiher sont très flous et parcimonieux et sembleraient avoir été gommés dès l'origine par la force des émotions qui naissaient de l'évènement. Un témoin se souvient de l'expression: "l'accident du Grafenweiher" qui eut cours à l'époque et un autre d'un certain Boehm Alphonse, blessé au cours d'un accident et évacué à l'hôpital de Wasselonne.
Il est temps, grand temps déjà, de fixer brièvement mais avec beaucoup de coeur, le souvenir de cette équipe d'adolescents de Romanswiller qui apportaient une large contribution au bon fonctionnement du Baehnel. Une grande amitié les unissait. Sur leur chantier ils vivaient, à leur âge, au contact du danger, du risque,de l'effort exigeant, leur offrant de multiples occasions d'entraide et de solidarité ce qui cimentait la plus sincère des camaraderies. Que ce soit un petit mémorial :
 
  • Hetzel Albert 1903-1948 : serre frein du convoi conducteur remplaçant par la suite cheminot auxiliaire à la gare de Romanswiller surveillant aux Scieries Band.
  • Letzelter Ernest 1902-1978 : 2ème fils de l'aubergiste au Tilleul (d'Leend) chauffeur et graisseur-conducteur remplaçant Par la suite commis épicier à Paris, revient avec une bonne connaissance de la langue française et fonde en 1923 la Société Pneumatique Equilibrage à Strasbourg-Neudorf. 2 filles + 1 garçon à 27 ans.
  • Hohl Georges 1901-1958 : chauffeur et graisseur-conducteur remplaçant. Père de Hohl Robert à la fin de la grande guerre fait partie du corps d'occupation allié en Syrie. Par la suite travaille au Tranchage Zuber et ensuite comme bûcheron et agriculteur.
  • Metzger Jacques 1900-1985 : manutentionnaire au Baehnel-voiturage, par la suite prend la succession de son père comme exploitant agricole à la ferme du château.
  • Mündel Charles 1903-1984 : manutentionnaire à la petite scierie de Romanswiller, ravitaillement de la cuisine, conducteur remplaçant. Par la suite travaille à la scierie Band, au Tranchage comme chauffeur, est sollicité de jour comme de nuit. Très bonne mémoire:chroniqueur remarquable sur la vie du Baehnel et de l'histoire du village.
  • North Albert 1897-1929 : Transports le long du Baehnel, entretien de la voirie. Issu de la Boulangerie North (actuellement Wasser). Petite entreprise de voiturage avec 2 chevaux et un valet (Dammeler Fretz).
  • Winninger Victor : 1903 - : à 15 ans conducteur titulaire de locomotives par la suite engagé dans la marine. Aujourd'hui officier supérieur de la marine en retraite à Romanswiller. Nombreuses et hautes décorations pour qualités de services rendus et faits de guerre 1939-45.
Le fait d'avoir conduit un Baehnel a sürement été pour ces jeunes une école de courage, d'effort,de formation de la volonté et d'un certain équilibre psychologique devant le risque et le danger. A ce sujet écoutons Mr Winninger, le dernier survivant de l'équipe :

"Ces circonstance pleines de responsabilités au moment où j'ai pris contact avec la vie réelle ont été la meilleure école pour y faire face. J'ai pu me forger mon caractère, faire valoir mes aptitudes à l'esprit d'entreprise et mettre en pratique ma devise:"dans la lutte pour l'existence, seul le travail apporte la victoire (20.01.1987)".
Au cours d'une permission vers la mi-août 1918 Mr Reibel Alphonse ne rencontre plus le Baehnel ! Tout a été démonté et sur la route de Wangenbourg il ne reste plus que le ballast de la voie ferrée avec ses pierres noircies sentant le pétrole, l'huile et le charbon... Il était parti le petit train.. mais non sans claquer la porte… au printemps 1918 une de ses étincelles avait provoqué un immense incendie de forêt sur la pente sud-ouest du Heidenschloss en face de la grotte Mencke. Dans les flammes sous l'effet de la chaleur quelques rochers basculent dans le lit de la Mossig, des appels de bêtes aux abois jaillissent du brasier, un immense et épais nuage de fumée gorgée d'odeurs de résines brûlées enveloppe la scène-Le Baehnel s'était vengé avant de voir assassiner par l'implacable temps le souvenir de son passage dans notre si belle vallée de la Mossig. Le grand panache de fumée noire (ce n'était pas encore le "champignon") entre le Heidenschloss et le Kastelberg restera mon seul souvenir personnel du Baehnel…
Souvenirs d'enfant, d'autant plus sinistre, qu'il semblait avoir été le messager de cette nouvelle calamité qui allait s'abattre sur mon village : l'épidémie de la terrible grippe espagnole qui fit de nombreuses victimes de tout âge dans les rangs la population.
Les loris furent vendus et rendirent encore de nombreux services dans la tuilerie - briqueterie Pasquay, à la Papeterie. La route empierrée était arrivée à 2 kilomètres du Donon. Du petit train il ne reste plus aucun vestige le long de la Mossig.

Il a passé sans laisser de trace et il était temps en mon 70ème anniversaire de sauver les souvenirs de ceux qui, hélas aussi s'en vont, ceux qui avaient connu et vécu l'aventure du Baehnel entre 1917 et 1918. Souvenirs d'enfance ! Images fugaces et combien fugitives, sans cesse soumises à l'érosion du temps qui passe ! Les êtres, les évènement, les choses ne seraient-ils pas comme de passagères gouttes qui tomberaient sur les eaux dormantes de l'océan du temps, y engendrant des cercles d'ondes mystérieuses s'élargissant vers l'infini ?
Ondes des souvenirs se figeant à la rencontre de nouvelles dimensions, celles de l'éternité pour redevenir réalité, la vraie, celle qui restera.

Janvier 1987
Alfred Helbourg - Ancien Conseiller Municipal.

Le père de Gérard et Gilbert


03/09/1996 R.B.